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Création d'oeuvres immersives

quarantaine de création
Écumer
Guilty as fuck
d'ANnie cloutier
Hull, 19 mars 2020, 16h53
d'ANTOINE côté Legault
Sudbury, 19 mars 2020, 13h12
répondant au défi #30joursdecourtes

quelque chose comme une oasis

Nous n'avions pas eu le loisir de faire des provisions à profusion. Notre maison était un foyer et, en un tour de main, elle était devenue île déserte. Nous étions désormais une famille de Robinsons Crusoé en proie aux écumeurs des mers... pouvant être pillés par ces fameux impétueux boucaniers, à toute heure du jour, comme de la nuit. Il nous restait des trognons de légumes, des fonds de pots de sauces, marinades et condiments en tous genres, quelques cannes de fèves. Nous avons sorti la plus massive de nos marmites, mis quelques bûchés dans le rond du poêle et mis de l'eau à mijoter.

 

Tout un bric à brac d'aliments étaient alignés le long du comptoir. Quel boucan avions nous causé à chavirer le contenu des armoires en un charivari digne d'une partie de Tetris. Ou peut-être plutôt de Doctor Mario, maladroit clin d’œil à la dérobée à l'état d'urgence sanitaire. Nous avons mis la barque entière d'aliments à mijoter, sans se poser la moindre question. Un fumet confus confus s'en est dégagé. On aurait juré une hétéroclite concoction de sorcière, un obscur élixir ou un quelconque philtre effrayant. La fumée noire a pâlie. Elle s'est d'abord brunie, avant de devenir grise, puis blanche. Non, un nouveau pape n'avait pas été élu, c'est que notre mijoté s'était mis à s'assainir. Des sédiments d'une couleur indéfinie, infiniment indéfinissable sont remontés à la surface, formant une croûte mouvante, vivante, une mue de serpent, c'était sans compter l'effervescence de l'écume grisâtre en train de poindre ça et là. Et nous avons écumé les cadavres démembrés de carottes déconfites, du marc de café égaré, des peaux de fèves et combien d'OMNIS : objets flottants non identifiés. Une fois éclairci, une fois filtré, on n'arrivait pas à dire ce que ça goûtait, si c'était un ragoût gouleyant ou un poisseux potage, mais ça goûtait bon.

 

Nous avons mangé plus que notre portion de purée, le goût était loin d'être pur, mais nous étions repus.

On me dit de rester à la maison.

D’accord.

J’ai l’étonnante capacité de rester longtemps à ne rien faire, sans déprimer. Ça devrait aller.

Et puis, c’est le bon moment pour me remettre à écrire assidument, finalement avancer, donner un bon coup dans la fiction.

Et ces livres que j’achète compulsivement sans nécessairement les lire. C’est le moment rêvé pour m’attaquer à la pile impressionnante.

 

Mais. N’empêche qu’à travers des tentatives de réorganisation de la vie professionnelle pour éviter de voir le compte de banque fondre au soleil, à travers les siestes à n’importe quelle heure, le yoga avec Mishka sur Facebook, les marches dans ma ville désormais fantôme, à travers tout ça je finis par passer ben du temps à scroller les feeds et fils à la recherche d’un scientifique qui nous dira que fin avril on pourra se découvrir de tous les fils. Que fin avril, on pourra envoyer nos manuscrits chez l’éditeur et lui donner une poignée de main pour officialiser le partenariat. Je n’ai rien trouvé de tel, je n’ai trouvé que de l’incertitude, des rumeurs, des fatiguants qui parlent d’apocalypse, des jokes moyennement drôles, du monde trop proactif sur le ménage, beaucoup de boulangers du dimanche, des sportifs très motivés, ET, une phrase.

 

La romantisation de la quarantaine est un privilège de classe.

 

Guilty. Guilty as fuck.

 

Là, je sors ma petite caméra et jette un regard sur moi-même. Je me vois, emmitouflée dans ma couverture crochetée, sous la lampe, roman dans une main, verre de vin dans l’autre, jazz music dans l’speaker. Ça, en soi, ça va. Mais ma jubilation de temps lent forcé, ma petite tortue intérieure contente de décanter, ma facilité à trouver le sommeil parce que je perdrai peut-être une semaine ou deux de travail mais que je m’en sortirai malgré tout sans doute plus riche qu’avant parce que je n’aurai pas acheté de vin nature à 15 piasses le verre, que je serai restée dans ma ouate à popoter avec le coloc. Tout ça, ça pue le privilège. Chacune de ces prises de conscience me foutent le vertige. C’est là où j’en suis dans ma méditation à presque une semaine d’isolation : je suis vertigineusement confortable et confrontée.

occupation indéterminée
de louis-philippe roy
aylmer, 20 mars 2020, 10h55

Tu ne te sens pas comme dans une téléréalité?

Confiné, entre quatre murs, une épicerie pour quatre semaines, le même linge sur le dos comme si tu n’avais qu’une seule valise

Ne pas pouvoir sortir

Ne pas savoir comment sortir

Ne pas vouloir sortir

Être tenu au chaud à 19 degrés sur le thermostat

Ne pas sentir la neige disparaitre sur nos terrasses

Ne pas penser que le printemps entre aujourd’hui

Préférer potiner que d’être choisi pour voyager

« Non merci. Je passe mon tour.

Tu peux respiner la bouteille. Je ne veux pas y toucher. »

User de ruse pour passer les minutes et les notifications

Être bon joueur à abuser des chaînes débrouillées

Créer des alliances entre ton cycle de rinçage et la fin de l’Épisode 7 de la Saison 4

 

Commencer à parler dans le vide

Tourner en rond

Avoir fait le tour des pièces

La Cuisine

Le Bureau

La Salle à manger

La Bibliothèque

Le Hall, le Conservatory pis le Ballroom

Soupçonner la voisine qui a l’air fiévreuse comme un chandelier et la voix rocailleuse comme un coffre de clés anglaises

Accuser le facteur de vouloir garder ses distances sociales et l’enveloppe détenant la réponse à nos inquiétudes

Devenir complètement parano et songer au fait que Miss Scarlett et Carmen SanDiego pourraient bien être la seule et même personne

Et que cette mégalomane globe-trotter sans lieu de naissance connu pourrait bien être la Patiente 0 de ce virus mondial

Où est-elle? Tousse-t-elle dans le coude de son trench-coat rouge? A-t-elle trouvé une brèche ouverte dans une frontière outre-mer?

 

Tu ne te sens pas comme dans un realityshow?

Sans heure, sans règle, sans censure

La possibilité de passer au confessionnal sur Facebook, en Story ou Skype

Étendre, tout dépeigné, nos états d’âme sur une webcam ou sur un clavier taché de vin Couche-Tard

N’avoir qu’un seul objectif pendant plusieurs semaines

Pour Kayvan et Stef-Amie ça serait sûrement d’accumuler leurs créations de contenus

Pour toi et moi, c’est d’aplatir la courbe

Comme toute bonne téléréalité

Il ne faut pas tenter de trop se réinventer

Rêvons simplement de réussir nos Sidekicks Carbonara, de mettre Pause sur la Game collective et de se faire des sleepovers à distance

Habituellement, toutes les saisons le prouvent : plus on reste longtemps dans la Maison, plus on atteint la Finale